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DVD 1 : LE FILM
Réalisation : Olivier Py
Résumé : Une histoire d'amour nocturne, à la fois intense et violente réunit Vincent et Olivier. Autant Vincent fuit le désir et la tendresse, autant Olivier souhaite apaiser l'angoisse de Vincent. Celui-ci vit dans son passé. Son métier consiste à analyser les enregistrements des catastrophes aériennes et a un lien avec son père, pilote mort dans un accident d'avion. Cette rencontre va procurer à Vincent sa propre "boîte noire" et les deux garçons vont se donner vie dans une communion totale...
« Les Yeux fermés présente les qualités devenues rares d'un véritable premier film : économie de l'abondance, générosité casse-cou et sincérité. » (Les Inrockuptibles)
Acteurs : Olivier Py, Samuel Churin, Michel Fau, Benjamin Ritter, Eléonore Briganti
Durée du film : 80 minutes
Année de réalisation : 2000
Zone : toutes zones
Standard : pal
Langues : français
Sous-titres : aucun
Image : 4/3
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DVD 2 : LES BONUS
-interviews de Oliver Py, Samuel Churin et Michel Fau
-filmographies
-galerie photos
Durée des bonus : 110 minutes environ
Zone : toutes zones
Standard : pal
Langues : français
Sous-titres : aucun
Son : stéréo
Image : 4/3
Livret de 8 pages sur la collection Petites Caméras d'Arte dont Les Yeux fermés fait partie.
Code-barre : 3 700 246 902 645.

Le double DVD "Les Yeux fermés" fait partie de la collection HOMOVIES.
Editeur : Les films de l’ange, 4 rue Arthur Brière, 75017 PARIS.
Tel : 0871768967.
Email : lesfilmsdelange@gmail.com.
Prix public de cette EDITION DOUBLE (prix conseillé) : 24,90 euros TTC.
Sortie le 20 juin 2007.
EN VENTE A PARTIR DU 20 JUIN 2007 DANS LES FNAC, VIRGIN, ET POINTS DE VENTE HABITUELS : LES MOTS A LA BOUCHE, BLUE BOOK, LES MOTS POUR LE DIRE, ETAT D'ESPRIT, PAGE 69, SITE ADVENTICE.COM...

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CRITIQUE DU FILM SUR ADVENTICE.COM

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OLIVIER PY : ENTRETIEN AVEC JACQUES MAILLOT
Qu'aurais-tu envie de dire sur ton film, sur ton rapport au cinéma ?
D'abord, il est né d'une histoire autobiographique à plusieurs niveaux. Le personnage central (ce n'est pas forcément le héros mais c'est le personnage qui regarde), est un homme de théâtre, donc quelqu'un très proche de moi et l'autre, quelqu'un que j'ai rencontré qui faisait cet étrange métier.
La boîte noire est un objet qui est devenu très courant dans les mythologies modernes. Elle s'appelle " boîte noire " car c'est une boîte photographique qui est utilisée. Mais elles sont de couleur orange à l'extérieur. Et personne ne sait qu'il y a des gens dont le métier est de les décrypter. J'avais été troublé par la rencontre de ce jeune homme très déstabilisé par son métier et aussi par le fait que sa vie sexuelle consistait uniquement à écouter les autres faire l'amour. Alors que toute la journée il écoutait des hommes ou des femmes mourant. Par la suite pour la préparation du film tous les gens que l'on a rencontré qui font ce métier nous ont déclaré combien c'était psychologiquement effroyable. Ils sont très souvent comparés à des légistes, à la différence près qu'ils ont à faire à des vivants ou à des enregistrements de personnes vivantes et non pas à des corps morts.
Il y a une dizaine d'années, je me suis dit : si un jour je fais du cinéma, j'essaierais de parler de ceux-la. Il m'a semblé que chez ce personnage qui essayait d'écouter les dernières paroles de ceux qui meurent, il y avait quelque chose qui avait à voir, sinon avec une allégorie du cinéma, tout au moins avec une chose proprement cinématographique. Dans mon théâtre, je m'efforce surtout qu'il n'y ait pas de machines, il n'y a pas ce thème de la reproduction possible de l'humain. Là oui, il y avait des machines. Le cinéma c'est un monde, où entre l'homme et l'homme, il y a une machine. C'est ça qui a fait que le cinéma a été un des arts les plus fascinants du siècle, parce que ça raconte aussi l'histoire de l'humanité au vingtième siècle. Entre l'homme et l'homme, il y a eu des machines. Peut-être qu'entre l'homme et Dieu aussi il va y avoir des machines. Donc c'est une histoire de machines.
Et face à ça, le personnage que je joue est un homme qui vient de la parole. C'est bien sûr un film où la parole joue un rôle considérable, où l'on essaie de voir si effectivement on peut être sauvé par des paroles.
Ensuite je me suis demandé si sur ce thème de la rencontre entre deux personnes, c'était vraiment possible de faire un film autre que " boy meets girl " ou " boy meets boy ".J'ai pensé que peut-être le cinéma avait développé une sorte de mystique de la rencontre. Qu'est-ce que c'est que l'inconnu qu'on rencontre et qui va nous révéler, justement parce qu'il est inconnu, qu'il est autre, qu'il a son intégrité, qu'il est cet étranger mythique, qui va nous révéler ce pourquoi nous vivons. Le cinéma, je crois, est la captation de la rencontre de deux êtres qui, ensemble, vont avoir une révélation.
Tout cela était présent dès l'origine du projet ?
C'était très présent. C'était ça que je voulais raconter. Et aussi je tenais à ce que cette rencontre entre ces deux êtres ne soit pas évidemment d'ordre sexuel. Leur liaison est d'ordre spirituel. Le lien entre eux, comme tout lien spirituel, passe aussi par du charnel, mais il est impossible de rétrécir cette idée-là à une simple relation amoureuse.
Ce qu'il faut, c'est créer une sphère de parole. Et cette parole ne peut avoir lieu qu'avec des inconnus. Je voulais également dans le film que tous les personnages crient qu'ils voulaient plus. Je trouve que le cinéma français manque de héros. Un héros, c'est quelqu'un qui crie " plus ", qui témoigne pour l'invisible, qui ne va pas renoncer à témoigner pour l'invisible, qui essaie de mettre sa vie dans la direction d'une révélation. Je veux que tous les personnages soient obsédés par ça et qu'en même temps je puisse raconter la même histoire de façon un peu ridicule par moments, ce que j'ai fait avec le personnage de Michel. Parce que j'aime les mystiques mais en même temps ils me dégoûtent. Il n'y a rien de pire qu'un mystique qui échoue. Il n'y a rien de plus pathétique, de plus grotesque, de plus effroyable qu'un mystique qui échoue. Le cinéma a quand même gardé une sorte de passion, a montré la passion pour l'humain comme peu d'arts. Il y a sûrement des choses que le cinéma a pu montrer qu'aucun autre art n'a pu montrer.
Tu penses à quoi par exemple ?
Je pense à un certain rapport au temps. C'est très étrange comme finalement le cinéma a le temps de montrer des choses muettes, de montrer des petites choses, des détails. Il y a une économie du temps qui est incroyable par le fait que l'on peut le prendre, le découper, le construire et le reconstruire à loisir. Notamment dans les affaires humaines. C'est assez beau de pouvoir montrer comment une relation évolue. Malgré tout, le film est assez ambigu, complexe, plein d'entrées différentes. C'est évidemment une histoire de rédemption pour les deux personnages qui se rencontrent. Mais ça pourrait presque être un journal.
En quoi est-ce une rédemption pour ton personnage ?
Je crois tout simplement qu'il n'aime plus la vie. Il dit au début qu'il n'aime plus le théâtre. Que s'il n'aime plus le théâtre, il n'aime plus la vie. Moi, quand je n'aime plus le théâtre, je n'aime plus la vie. Et puis ça vient comme ça, ça surgit, sans crier gare. On se rend compte un jour qu'on n'aime plus ça. Il manque quelque chose. Peut-être il lui manque de voir un vrai héros. Une sorte d'homme parfait. VINCENT est un homme parfait. En rencontrant VINCENT, il ne rencontre pas simplement un homme, il rencontre l'humanité. Et ça, jusque-là, il ne l'avait vu chez personne. Ça ne lui était jamais apparu. VINCENT est l'humanité. Et d'un seul coup, il est amoureux, il le désire. Il se sent responsable de lui.
Je voulais beaucoup raconter une histoire qui se passe à Paris parce que la promenade de deux amoureux dans Paris est déjà de la philosophie. Ils ont une façon de marquer leur territoire qui fait que la ville redevient visible. Elle leur appartient et elle se met à raconter une histoire. Ce n'est plus une ville qui détruit, qui ravale l'histoire de chacun sous les bulldozers des promoteurs, c'est une ville qu'ils construisent, une géographie nouvelle. Il est des quartiers que les amoureux connaissent par cœur.
La géographie des fontaines…
Qu'est-ce qu'il se passe pour un amoureux quand il revient dans un endroit où il a aimé quelqu'un. Ce sont des sentiments très simples, déchirants, insondables. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Pourquoi ce lieu n'a plus la même valeur ? Comment le lieu est-il transfiguré par le fait de " j'y ai vécu ça avec lui, avec elle ". Ça aussi, c'est vraiment du cinéma. Je pense beaucoup à L'ECLIPSE d'Antonioni. À la fin, il y a ces plans sur tous les lieux où ils se sont aimés. Un simple jet d'eau prend une incroyable valeur. Ça m'a semblé intéressant de tourner dans Paris. La littérature, les arts nous permettent de redonner sens aux lieux dans lesquels nous vivons. Comment la ville est ré-enchantée. C'est formidable que le cinéma puisse montrer ça. Il ne se borne pas à le raconter, il le fait en vrai. Quand on a vu certains lieux au cinéma et qu'on les retrouve, ils sont surdimensionnés. Ils sont superposés aux lieux de l'imaginaire. Ou bien ils deviennent entièrement des lieux de l'imaginaire.
La parole est vraiment le thème du film. C'est le fait que quelqu'un de parole soit attiré ou fasciné par quelqu'un qui écoute, comme s'il pouvait écouter sa dernière parole à lui, je pense que c'est vraiment un thème du film ça…
Et en sens inverse aussi. Un homme passionné par l'écoute des dernières paroles, c'est-à-dire passionné par l'humain découvre quelqu'un qui parle. Quelqu'un dont le métier est de parler et l'autre dont le métier est d'écouter. De même la scène sado maso est une scène que j'ai vécue. J'ai trouvé ça bien de montrer une scène un peu brutale dans un quotidien, avec de la pommade, avec des enfants qui dorment à côté… Parce qu'il ne faut pas s'y tromper, ces humains qui vont au bout de leur désir sont vraiment sublimes. Ce personnage-là, voilà un héros incroyable.
Et puis il y a le thème du père. Je peux dire que là j'ai croisé les deux thèmes qui m'obsèdent au cinéma, en tant que spectateur. Cette rencontre qui devient cosmique. Disons l'amour si on veut. Ce qu'il y a de cosmique, c'est que l'autre n'est pas seulement l'autre, il est toute l'humanité. Et puis comment le père et le fils se rencontrent ? C'est la construction de pensée chrétienne, catholique qui est là. Je pense que ça aussi c'est un sujet propre au cinéma. Le personnage que je joue n'est jamais que celui qui va ramener le fils au père. Ce qui importe c'est de savoir à quel moment le fils va retrouver le père. J'aime le cinéma d'Hollywood car il est obsédé par cette idée-là. Presque tous les scénarios américains se soutiennent de cette idée. Il y a un père disparu, absent, présent par son absence… Le fils et le père, c'est tout de même une extraordinaire formulation de la vie spirituelle. Un bon thriller peut construire ça. Il y a ce contact avec le père. Je me suis beaucoup posé la question à savoir si on entendrait la voix du père ou pas. Elle a quand même été enregistrée mais n'a pas été mise au montage. Nous sommes arrivés, au moment où VINCENT écoute la voix de son père, à ne pouvoir le filmer que de dos. On n'a pas pu soulever le voile. Et il dit : " il a dit mon nom deux fois ". C'est une parole biblique. Dans la Bible, on reconnaît la voix de Dieu parce qu'il s'adresse en disant deux fois le prénom. Ça me semble une piste. Comment retrouver le visage du père ? C'est la piste proprement religieuse.
Est-ce qu'elle est spécifique aux gens de ta génération ?
Pas du tout. Dans la pièce que je joue, dans L'Epître aux jeunes acteurs, je dis " La société moderne nous prive de l'image du père et nous rembourse avec un yaourt à 0%" . Nous avons besoin d'un lien ascendant. On rencontre l'éternité dans l'altérité de l'autre et on rencontre l'éternité dans le lien ascendant. C'est pour ça qu'on a cette image du père et du fils. Ce que vit le personnage pourrait être extraordinaire. C'est une sorte de mythe moderne. D'allégorie séculière, industrialisée pour raconter le désir d'entendre la voix de son père. C'est vrai que tout le cinéma américain est passionné par ça. Le cinéma européen, à bien des égards, évite cette thématique-là.
Vous avez travaillé l'image parce qu'elle ne fait pas du tout vidéo en fait. Elle est très cinématographique, y compris dans le format.
On s'était dit que c'était plus amusant. On avait vu beaucoup de kinescopages très convaincants mais pas sur la totalité d'un film. On a bien vu, ce qui marchait, ce qui ne marchait pas. On sait qu'avec la caméra numérique, il y a des endroits, si on la fait travailler d'une certaine manière, où le spectateur profane, ne verra pas du tout le numérique. Il ne verra pas ces petits agacements de l'image. Par exemple, j'ai transposé pratiquement tout le film en extérieur nuit, parce que je savais que là, ce ne serait pas une image de 35 couleur et ça ne donnerait pas cet effet un peu vitreux de la vidéo. Et puis, comme la caméra avait des problèmes dans les lumières basses, elle se mettait à avoir du grain, ou bien elle chauffait, donc elle pouvait distordre un petit peu la couleur si la balance des blancs n'était pas bien faite. On l'a fait travailler à tous les endroits où elle échouait pour faire une image poétique. En prenant par exemple seulement 6 images sur 24 comme elle le fait dans les moments de révélation. Ce n'est pas du tout un ralenti parce que c'est synchro. Mais c'est comme ça, un rapport au réel qui est distordu, qui est poétique. Et j'aime beaucoup le résultat d'images kinescopées. C'est le résultat cinéma qui est intéressant.
De toutes les façons, il faut quand même se poser la question du support pelliculaire. Un cinéaste doit travailler sur la pellicule et trouver un moyen de montrer le mythe à l'œuvre par le cinéma même. Éventuellement de rappeler au spectateur qu'il est au cinéma. Un cinéma conventionnel s'efforce de gommer. Même dans le montage. Avec Lise Beaulieu, on s'est amusé à faire des rapports quelquefois brutaux.
De ce point de vue-là, le fait de travailler en nuit, on arrive à des couleurs pas du tout naturalistes. Il y a quelque chose de très intéressant là-dessus. Il y a des espèces de bleus délirants, des beiges sur les peaux. En général l'étalonnage a tendance à tout écraser. L'étalonnage, ce n'est pas les couleurs du réel. Il y a des soirs où les ciels sont horriblement " kitch ". Délirants. L'étalonnage s'efforce d'avoir une réalité domestiquée. Nous, au contraire, nous sommes allés beaucoup plus loin. Et le travail du son est aussi considérable. Il s'agit de reconstituer absolument les sons du réel, mais comme une symphonie. Alors, petit concert de klaxons au moment où une certaine parole est dite, qualité de silence qui change brutalement. Tout ça évidemment est dans le suprasensible, le subliminal, c'est très magique, c'est très beau. On a créé un silence particulier presque à chaque fois qu'il pense à son père. Quand il trouve la cassette, ce silence-là revient. Il y a un peu de vibration, un bourdonnement particulier. C'est un moment très beau. C'est de la musique. Il faut utiliser les sons du réel comme de la musique concrète.
Donc vous avez isolé ce silence-là et vous l'avez reproduit à chaque fois ?Non. On l'a construit et on l'a remis. C'est le thème de Vincent. Il n'y a pratiquement que des silences et des bourdonnements. Une voiture qui passe au loin, quelque chose comme ça. C'est cette façon qu'a le monde extérieur de se plier à l'injonction du monde intérieur, qui est proprement un poème, proprement du cinéma.